Bouteilles à la mer

La partialité d\’un texte vous a heurté? Votre courrier n\’a pas été publié? Faites-le paraître ici, et faites connaître à un large public votre opinion refusée ou escamotée ailleurs.

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2008-12-28 Mme Delvaux, pourquoi ne pas utiliser votre quotidien?

Posted by lezersbrieven sur 2006-12-28

Chère Madame,

Permettez-moi tout d’abord de regretter une fois de plus que votre journal n’envisage de réparer une offense grave qu’il a commise par la voie de la publication d’un dessin qu’au moyen de réponses privées faites à ceux qui se sont manifestés à ce sujet.

Si je connais comme vous les limites de l’aspect juridique de la question (un droit de réponse n’est exigible que si l’honneur d’une personne est spécifiquement et directement visé – rien ne vous oblige donc à publier les courriers des nombreux lecteurs que vous avez offensés), je connais aussi les principes de la déontologie journalistique et, plus largement, de l’éthique qui devrait prévaloir dans toute entreprise se donnant la communication pour objet.

Votre absence de réaction publique jette donc, croyez-le, un discrédit grave et durable sur l’organe de presse dont vous avez la responsabilité éditoriale.

Cela ne m’empêchera pas pourtant d’amener l’un ou l’autre élément pour nourrir la réflexion que vous déclarez envisager d’avoir avec M. Kroll.

Il y a dans la production d’un dessin un indéniable élément de contexte. Ainsi par exemple, dans les années 1910, le dessin d’une croix gammée était sans conséquences aucunes et renvoyait simplement à une évoquation de l’hindouisme voire de l’antiquité celtique. Pour les raisons que vous connaissez, il n’en va plus de même depuis les années 1930.

De même, le dessin de Kroll ne pose problème que par la référence qu’il porte à des dessins du même type qui ont été produits, essentiellement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe par des caricaturistes essentiellement européens, dans l’objectif de provoquer à la haine et au discrédit contre l’ensemble des populations de confession ou d’origine juive. Le dessin de M. Kroll pose problème parce qu’il renvoie à des thématiques spécifiquement antisémites qui ont eu par le passé des conséquences particulièrement funestes.

Ce qui est en jeu n’est pas le fait que M. Kroll se moquerait d’une communauté ou s’attaquerait à un sacré hypothétique (l’en empêcher serait alors effectivement faire acte de censure).

Ce qui pose problème, c’est que M. Kroll se situe, avec sa carricature à la frontière des attitudes qui sont condamnées par la loi, à travers tous les pays européens, et constituent (au contraire de la censure) des limitations légitimes à la liberté d’expression.

Que représente M. Kroll dans son dessin ?

– tout d’abord il représente un Juif au balcon en train de regarder d’autres hommes (en l’occurence des palestiniens) s’entretuer. La personne représentée est bien un « Juif » sous les traits caricaturaux bien connus, et illustrés notamment dans le film français « Rabbi Jacob ». Il s’agit donc d’un Juif et pas d’un Israélien (les Israéliens, pour la plupart, ne s’habillent pas ainsi) ni même d’un religieux ultra colonisateur (si vous consultez vos images d’archive, vous constaterez que ceux là non plus ne s’habillent pas de la sorte.) Le dessin de Kroll représente donc simplement « le Juif » et il représente d’abord comme différent, habillé de manière étrange et, sans doute, menaçante.

– il le représente ensuite comme particulièrement cynique et pervers, se réjouissant du malheur de l’autre

– enfin il le représente sale et repoussant avec sa dent cassée

On retrouve bien là quasiment l’ensemble des standards de la caricature antisémite si florissante de l’Empire tsariste au troisième Reich.

Que ce dérapage soit volontaire ou non, nous somme bien dans le domaine de l’incitation à la haine raciale par le moyen de l’image.

Pour votre information, puisque vous mettez ce dessin en paralèlle avec la fameuse affaire des « caricatures de Mohamed », veuillez noter que si l’incitation à la haine raciale constitue bien un délit dans notre pays, il n’en va pas de même du blasphème ou de la critique des religions, lesquelles sont quant à elles parfaitement légitimes.

A titre de clin d’oeil, notez enfin, autre différence avec la fameuse affaire des caricatures de Mohamed, que M. Kroll n’est en aucun cas menacé de mort et que pas un exemplaire de votre journal (je ne parle même pas des bureaux) n’a été brûlé à ce jour en Israël.

C’est peut-être pour cette raison qu’il vous est plus difficile de procéder à de justes excuses et à une nécessaire mise au point publique dans ce dossier alors que vous avez traité le « dossier Mohamed » avec une prudence digne d’un ambassadeur Suisse en Arabie Séoudite. Vous préférez sans doute violer des principes fondamentaux d’éthique professionnelle que de risquer de subir les foudres de l’un ou l’autre fanatique.

Si je peux le comprendre, permettez-moi toutefois de ne pas l’accepter.

Y.C.

Le 28/12/06, Mireille Salkin <Mireille.Salkin@lesoir.be > a écrit :

Voici la réponse de notre Réactrice en chef

Mireille SALKIN

Assistante de direction

Secrétaire de la Rédactrice en chef

mireille.salkin@lesoir.be

Cher Monsieur,

J’ai pris connaissance et je comprends votre émoi suite à la parution du dessin de notre caricaturiste Pierre Kroll dans nos éditions du 18 décembre dernier.

Pierre Kroll qui a eu l’occasion de s’en expliquer en direct avec certains d’entre vous, ne peut être accusé d’aucune volonté de dénigrement, d’amalgame ou d’insulte à l’égard d’aucune communauté et certainement pas de la communauté juive. La caricature force cependant parfois des portes que la ligne éditoriale doit cadrer et encadrer. C’est au journal en effet de refuser ou d’accepter tel ou tel dessin. Pierre Kroll ayant son propre code de représentation d’une réalité.

Nous avons eu et nous aurons dans les jours qui viennent avec Pierre Kroll un débat de fond sur ce sujet. Il s’interroge en effet avec justesse sur les limites d’une représentation. Question qu’il se pose tant pour les réalités juives qu’islamiques (l’affaire récente des caricatures danoises a redonné vigueur à ce débat et à ce qui est considéré comme une réelle difficulté pour les dessinateurs dans leur liberté d’expression.

En l’occurrence, cette caricature publiée un week end a échappé à cette relecture vigilante. Nous vous prions de nous en excuser.

Bien à vous

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