Bouteilles à la mer

La partialité d\’un texte vous a heurté? Votre courrier n\’a pas été publié? Faites-le paraître ici, et faites connaître à un large public votre opinion refusée ou escamotée ailleurs.

  • Catégories

  • septembre 2006
    L M M J V S D
    « Août   Oct »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives

2006-09-11 Les faux procès de l’Affaire Al-Dura

Posted by lezersbrieven sur 2006-09-12

Les faux procès de l’Affaire Al-Dura (info # 011109/6) [Analyse]
Par Stéphane Juffa © Metula News Agency
(l’autorisation de la Ména de reproduire cet article ref. CED2722120906SJ. Cette autorisation n’est valable que pour la reproduction de cet article à cet endroit.)

Avertissement : Au vu d’erreurs factuelles très graves contenues dans certains des derniers textes publiés dans la rubrique « Rebonds » de Libération, et rectifiés dans l’article qui suit, la Ména a proposé aujourd’hui sa reproduction au quotidien parisien. Ce dernier a refusé notre offre, ce que nous regrettons pour l’information adéquate de ses lecteurs.

France Télévisions, Charles Enderlin et certains de ses amis se donnent un mal fou pour faire croire que les trois procès prévus à Paris cet automne, à partir du 15 courant, sont les procès de l’Affaire A-Dura. Ainsi, sur la Libre Belgique de jeudi dernier, Enderlin parle d’audiences pour des plaintes en diffamation déposées par France 2 et lui-même à l’encontre de personnes qui les ont accusés de la mise en scène de l’assassinat de cet adolescent palestinien, par les forces israéliennes, en septembre 2000.

Prudent, le correspondant permanent de la chaîne publique déclare « qu’à la demande du département juridique de France 2, il ne répondra à aucune nouvelle attaque avant cette audience ». Il tient toutefois à préciser, entre autres, qu’il n’aurait reçu aucune demande officielle de la part des autorités israéliennes à ce sujet.

Cette affirmation est par ailleurs totalement infondée, et notre agence a diffusé des copies de documents adressés à notre confrère dans le cadre de l’investigation diligentée à l’époque par Tsahal qui le prouvent, de même que les enregistrements de conversations téléphoniques relatives à ces requêtes, qui sont à la disposition de la justice française. En vérité, Enderlin a soulevé une série impressionnante de problèmes, prétendument administratifs et légaux, afin de compliquer la tâche des enquêteurs.

En fin de compte, il a remis aux autorités militaires une copie de mauvaise qualité de la scène de l’ »assassinat », la présentant comme brute de coffrage, alors qu’elle avait été lourdement travaillée par ses auteurs. La Ména a également produit les images de plans intercalaires introduits dans ces « rushes », ainsi que les preuves que les images du corps « inerte » de l’enfant étaient en fait des insertions de plans stills (d’images fixes), qui démontrent, en plus du montage, que l’enfant soi-disant mort sur le coup, bougeait et regardait le cameraman en se protégeant les yeux des effets du soleil. Nous tenons également ces éléments à disposition de la justice ; de plus, ils peuvent être constatés par n’importe quel professionnel de l’image qui détient le reportage diffusé publiquement par FR2.

Les termes de la phrase qui précède sont également applicables au fait que le cameraman de la mise en scène indique, avec ses doigts devant l’objectif, selon le code consacré dans la profession, qu’il s’agit de sa seconde prise de la scène de la tuerie. Il suffit à tout un chacun pour le voir, de passer le reportage de France 2 au ralenti. Le tournage d’un meurtre en direct que l’on reprend deux fois ?

En guise de défense contre les accusations de bidonnage de son reportage, Enderlin a certifié à la Libre Belgique, que « s’il avait manipulé les images, la commission d’enquête israélienne aurait exigé son départ du pays, ce qui ne fut pas le cas ». Cet argumentaire bien étrange de la part d’un citoyen israélien, comme l’est Charles Enderlin, figure en note (1) de l’article Images et arithmétique macabres diffusé par le quotidien belge dans sa livraison du vendredi 1er septembre dernier. Depuis quand un Etat extrade-t-il ses ressortissants en guise de sanction juridique ?

Ce n’est vraiment pas très sérieux, tout comme l’affirmation faite par l’intéressé lors de l’Hebdo du Médiateur du 17 juin, selon laquelle « (…) un tribunal de Tel-Aviv a produit un jugement selon lequel l’enquête effectuée par l’armée israélienne après la mort du petit Mohamed, eh bien cette enquête était pas scientifique, pas professionnelle, et avait démarré avec des idées préconçues ». Eh bien, nous nous sommes procuré le procès verbal du jugement cité par Enderlin à l’intention des téléspectateurs français : il porte la référence A 043040/04 et est daté du 14 mai de cette année. Or il ne contient pas cette affirmation et l’armée israélienne n’était même pas partie à ce différend, ni même témoin. Nous tenons ce PV à la disposition de la justice française, bien entendu.

Ceci démontre au moins, à mes yeux en tous cas, le peu de cas que fait Enderlin de la vérité et son irrespect à l’égard du public. Tout le dossier A-Dura est construit sur des contrevérités de ce genre, et il faut, à toute personne moyennement douée, une dizaine de minutes au plus, lorsque confrontée aux preuves indiscutables, pour se persuader définitivement que le reportage de FR2 est une supercherie de A à Z.

La raison pour laquelle j’ai proposé cette courte réflexion à Libération tient à ce que ce journal a diffusé, dans sa page Rebonds du 5 courant la contribution d’un photoreporter belge répondant au nom de Bruno Stevens, intitulée « Une manipulation fantasmée ». Je laisse volontairement de côté le reste des professions de foi de ce confrère, pour ne me soucier que d’un passage spécifique d’icelles. Un extrait qui touche à mon enquête. Un passage pathétique, dans lequel Stevens enjoint Shmuel Trigano « d’appeler France 2 et de leur demander de pouvoir visionner l’entièreté de la cassette filmée par leur cameraman Talal Jalouni, à Netzarim, lors de la mort de Mohammed al-Dura. Les quatorze minutes de cette vidéo sont absolument insoutenables ».

Nous avons consulté tous les services concernés à France 2, non seulement ce joker de Jalaoui n’émarge-t-il pas chez eux, encore n’en ont-ils jamais entendu parler. J’ai également questionné le reporter de Libé, Didier François, qui a vécu à Gaza, ainsi que notre propre correspondant permanent palestinien Sami El Soudi, qui connaissent assurément à eux deux tous nos confrères gazatis, ils n’ont jamais entendu parler d’un Talal Jalouni… Quant à la cassette tournée par ce spectre de l’audiovisuel, je parie ma bicyclette qu’elle est tout aussi insoutenable que les images de l’agonie de l’enfant, promises par Enderlin depuis l’assassinat, et que ni lui ni son employeur n’ont été capables de produire en six ans.

Et si d’aventure notre ami Stevens avait voulu parler de Talal Hassan Abou Rahma, un nom qui n’a pourtant pas la même sonorité, qu’il se rassure, les 27 minutes des rushes qu’il a tournés – et non 14 minutes – ont été vues et mêmes bien vues. Cela s’est passé le 22 octobre 2004 au siège de France Télévisions, en présence de Mademoiselle Chabot. Trois grands reporters français, Jeambar, Leconte et Rosenzweig, y ont vu « au moins » 24 minutes de mises en scène, selon leur propre témoignage.

Cela fait beaucoup de rôles pour le seul Abou Rahma dans cette affaire : fixeur, scénariste, cameraman, unique témoin, parjure – sa déposition notariée auprès de l’avocat palestinien, Maître Raji Surani, est un faux anthologique, au même titre que le bordereau de l’Affaire Dreyfus – et récipiendaire de multiples prix pour sa contribution au rayonnement de notre profession. De plus, Abou Rahma fut choisi, en toute connaissance de ce qui précède, par FR2 – la chaîne n’est décidément pas suspicieuse –, pour filmer les cicatrices sur le corps de Jamal A-Dura, censées prouver qu’il a été blessé lors des événements ayant « causé la mort de son fils ». Notre camarade Luc Rosenzweig, ex-rédacteur en chef au Monde, avait proposé qu’il soit plutôt ausculté par un médecin neutre mais il a essuyé un refus, au demeurant incompréhensible, des responsables de FR2. C’est vrai qu’un bout d’images filmées par le suspect principal de l’imposture est autrement plus convaincant…

Ce serait aussi le moment, puisqu’il ne travaille plus à l’Express, que Denis Jeambar prenne ses responsabilités. Qu’il explique pourquoi il n’a pas consacré une seule ligne à son visionnage dans l’hebdomadaire qu’il dirigeait, et qu’il témoigne que les représentants de France 2 l’ont empêché de rencontrer Talal Abou Rahma, qui se trouvait alors à Paris, au prétexte intéressant qu’il ne parlait pas l’anglais. Certains d’entre nous l’avaient pourtant longuement entendu sur CNN quelques semaines plus tôt, commentant, dans la langue de Tony Blair, une péripétie de la guerre à Gaza. Ce seul mensonge, vaudrait, dans un environnement informationnel normal, aux dirigeants mythomanes de l’info sur FR2 un siège éjectable.

Mais dans cette affaire, justement, la chaîne, le CSA et le Conseil d’Etat ont choisi de couvrir l’imposture, quitte à transgresser leurs propres règles et leurs lois ; cela vaut à l’Etat France un vrai procès à la Cour européenne des droits de l’Homme.

Un vrai procès, au contraire de ceux qui vont s’ouvrir dans quelques jours à Paris. Car personne ne pourra y demander à Enderlin comment il se fait que les médecins de l’hôpital de Gaza, les docteurs Saka et Tawil, ont déclaré à la commission d’enquête avoir reçu le corps de Mohamed A-Dura « avant midi », alors que la fusillade, selon le commentaire d’Enderlin, débute à 15 heures. Personne ne pourra y demander à Abou Rahma pour quelles raisons il filmait en gros plan le baril derrière lequel s’est déroulé le « drame », plusieurs heures avant qu’il ne survienne. Rahma a été cadré par un collègue palestinien, lui et sa voiture (photos authentifiées publiées par la Ména), en train de faire ces repérages extraordinairement prémonitoires.

Mais ceux qui se défendront devant les tribunaux parisiens ne sont en aucune manière les protagonistes de cette controverse, les responsables de notre thèse. N’ayant pas procédé à une enquête professionnelle et sur place, ils ne pourront pas expliquer aux juges que les reporters-cameramen en poste dans notre région avaient surnommé le carrefour de Nétzarim Auchan. Lorsque leurs rédactions parisiennes les pressaient et qu’ils n’avaient pas d’images d’Intifada à leur envoyer, ils se rendaient sur la scène de tournage d’Abou Rahma, et, contre un petit billet de banque, un gosse jetait une pierre ou un cocktail Molotov sur la position israélienne. Certains confrères connus, qui n’ont pas eu recours à cet expédient, sont prêts à témoigner de ce que je mentionne ici. Encore faudrait-il qu’un vrai procès ait lieu. Encore faudrait-il que FR2 et Enderlin aient assigné la Ména ou l’armée, qui ont réalisé les enquêtes ; le chef de la commission, Nahoum Shahaf, le porte-parole d’Ariel Sharon, Raânan Guissin, le directeur du bureau gouvernemental gérant les affaires des media en Israël, Daniel Seaman, le chef de l’opposition parlementaire, Bibi Netannyahou, qui affirment tous qu’il y a eu mise en scène. Et le dernier chef d’état-major en date, le général Yaalon, qui, juste avant de quitter son poste, avait tenu à déclarer qu’il était « certain à cent pour cent que Tsahal n’avait pas tué l’enfant de Nétzarim ».

S’ils voulaient vraiment faire la lumière sur cette affaire, Enderlin et France 2 auraient assigné les media poids lourd qui réfutent leurs explications, ils auraient ainsi intenté des actions contre le Wall Street Journal, le magazine américain à grand tirage Atlantic Monthly, Camera, l’Intelligent, La Libre Belgique, le International Herald Tribune, etc.

Dans ces conditions, c’aurait été le procès de l’Affaire A-Dura, dont les media tricolores ont tant besoin pour rétablir leur crédibilité nationale et internationale. En ce qui nous concerne, après avoir déposé spontanément devant l’officier de police parisien chargé de l’enquête, nous avons réclamé un tel procès, dispensant les tribunaux français d’avoir à convoquer une commission rogatoire internationale, en proposant de soutenir toutes les charges qui nous seraient adressées en France. Bien évidemment, cette proposition, à laquelle, en un an et demi, il n’a pas été répondu, tient toujours.

Mais FR2 a préféré s’attaquer à des sites Internet animés par une ou deux personnes, au cours d’une procédure contre X. Un choix qui fait durer les litiges, qui les dilue dans les océans au fil des années perdues. Celui de ces sites que nous connaissons le mieux est desinfos.com. Il est accusé par la chaîne publique et Enderlin d’avoir diffusé un communiqué de notre cru. Une annonce de notre rédaction qui s’opposait à l’attribution à Enderlin d’un prix dit Goebbels de la désinformation. En voici un morceau choisi ; le communiqué date du 1er octobre 2002, le reste est de la même veine :

 » (…) la Ména tient à faire savoir qu’elle ne conçoit son activité qu’en tant qu’agence de presse et que cette conception déontologique exclut que la Ména appelle jamais à participer à des entreprises militantes, de quelque sorte qu’elles soient, d’ailleurs.

Au fond, maintenant, et en tant qu’observatrice des événements uniquement, la Ména :

– trouve l’intitulé de la manifestation très malheureux, jugeant qu’aucun organisme ne dispose de l’autorité nécessaire pour décerner un prix de la désinformation et pour le nommer Prix Goebbels, de surplus.

– est d’avis, que si, comme elle le pense, Charles Enderlin a commis des erreurs professionnelles graves dans l’affaire A-Dura, il convient de les démontrer publiquement et qu’aucune stigmatisation publique ne saurait faire l’économie de cette démonstration ou se substituer à icelle (…) ».

Nous sommes toujours du même avis aujourd’hui. La justice doit se faire dans un tribunal et pas dans la rue. Mais elle doit se faire ! Enderlin et les responsables de la plus grande imposture de l’histoire de l’audiovisuel doivent être confondus et écartés de ce métier.

Et le fait d’assigner un site pour la reproduction d’un tel appel au calme et à la décence n’a rien à voir avec la justice. Et encore moins avec le procès de l’Affaire A-Dura, qui devra se tenir et qui se tiendra. La parodie de justice à venir cet automne fait plutôt penser à un film de Costa Gavras…

2 Réponses to “2006-09-11 Les faux procès de l’Affaire Al-Dura”

  1. Cet article répond aux réactions de Bruno Stevens et de Michel Tubiana dans Libération du 5/9/2006.

    Ces deux articles d’un total de 13,240 caractères devaient servir de réponse à l’excéllent article (que 6565 signes!) du 1/9/2006 de M. Shmuel Trigano: Guerre, mensonges et vidéos avec sous-titre  » Manipulés, les médias réactivent le mythe antisémite du Juif tueur d’enfants. »

  2. Netha said

    Petit rectificatif au sujet d’une désinfo là aussi : l’art. ci-dessus parle d’un Prix Goebbels qui aurait été donné à France 2. C’est un détail véhiculé par certains journaux français et Enderlin pour diaboliser les manifestants du 2 oct. 2002 devant leurs locaux. Il s’agit seulement (et c’est déjà pas mal !) d’un PRIX DE LA DESINFORMATION : voir photo sur Media Ratings http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1173 ou sur
    http://ajm.ch/wordpress/?p=244
    Netha

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :