Bouteilles à la mer

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2006-09-06 Touche pas à mon info!

Posted by Netha sur 2006-09-06

Transmis à Libération en réaction aux « Rebond » de Michel Tubiana et Bruno Stevens, sans réponse de la rédaction :

Touche pas à mon info !

Telle est, en résumé, la teneur des réactions de l’ex-président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Michel Tubiana, et de Bruno Stevens, photojournaliste belge, à l’article de Shmuel Trigano paru dans Libération le 31 août 2006, « Guerre, mensonges et Vidéo« .

Celle de Tubiana, peu intéressante, basée, en gros, sur l’antienne bien connue qu’est l’inaliénable droit à critiquer un État critiquable – tout le monde aura reconnu Israël – s’achève néanmoins sur une conclusion amusante :

« En attendant, peut-être consentira-t-il [Trigano] à admettre qu’avant de se préoccuper des intentions de la main qui prend la photo, le cadavre de l’enfant que l’on y voit est d’abord celui d’un innocent dépourvu de nationalité ».

Au-delà du pathos, on aimerait bien croire en la sincérité de l’ancien patron de la LDH. Seulement voilà : Tubiana, avant de quitter la tête de son organisation, a mené, en guise de baroud d’honneur, une action niant justement l’universalité de la souffrance de l’enfant victime de la guerre (lire).

En mars 2005, il a tenté, heureusement sans succès, de s’opposer à la tenue d’un congrès de victimologie à Toulouse, intitulé « La place de l’enfant dans l’espace du conflit », au prétexte que ce congrès avait reçu le patronage du Ministère des Affaires Étrangères israélien.

Peu lui importait, à l’époque, que l’on avance sur ce problème crucial de victimologie. Ce qui lui paraissait capital était de désigner Israël comme le Satan infréquentable par des instances scientifiques.

Alors, à lire ce même Tubiana conseiller à Shmuel Trigano de retrouver « le chemin d’une rationalité qui ne s’évapore pas dès que les mots « Juifs » et « Israël » sont prononcés », on se dit que la tartufferie peut parfois être un art…

Bien plus intéressante est la réaction de Bruno Stevens car elle est révélatrice de la façon dont certains journalistes appréhendent leur profession.

Bruno Stevens semble considérer l’information comme une chasse gardée et ce qui est relaté dans les médias comme la propriété des reporters chargés de nous informer sans qu’aucun regard critique ne puisse altérer la version de ce qu’ils veulent restituer.

Si vous n’avez pas été le témoin direct d’une guerre, vous n’avez qu’à attendre bien gentiment que des analystes professionnels, associés aux reporters présents sur le terrain, vous indiquent ce qu’il faut précisément penser, ce qu’il faut, à coup sûr, croire ou ne pas croire.

Et voici un florilège de ce qu’il faut croire selon Saint-Bruno :

… Israël, par sa politique et son armée, tue des milliers d’enfants et de civils innocents…

… la presse internationale accorde beaucoup d’espace aux victimes israéliennes…

… donner autant d’espace aux quarante morts civils israéliens qu’aux mille morts civils libanais serait une imposture…

… Lorsqu’une armée, quelle qu’elle soit, tue quatre à cinq fois plus de civils que de combattants ennemis, il ne s’agit plus de « dommage collatéral », expression à la mode depuis la guerre du Golfe, mais au contraire d’une stratégie de terreur et de punition collective sur tout un peuple. Cette armée, quelle qu’elle soit, se rend ainsi coupable de crimes de guerre caractérisés…

… le souvenir de la Shoah et le respect de ses victimes sont bien souvent un facteur d’autocensure aux critiques envers Israël et sa politique…

Ça, c’est pour la rhétorique devenue classique de diabolisation où l’auteur refuse, d’une façon décidément suspecte, de se poser les vraies questions et notamment la plus déterminante : qui a voulu cette situation ? Qui parie sur le nombre important des victimes parmi les siens pour remporter la victoire médiatique finale d’une partie arbitrée par Saint-Bruno ? Quel intérêt stratégique majeur poursuivrait Israël en « punissant collectivement tout un peuple », un peuple libanais avec lequel, de surcroît, il n’a aucun contentieux fondamental ?

Ne comptez pas trop sur Bruno Stevens pour nous éclairer davantage. Son « analyse » a ses limites : celle de la puissance imbécile des slogans qui se veulent axiomes.

Stevens a aussi des scoops à nous révéler :

… Jénine où, sur cinquante-six victimes palestiniennes, au moins vingt-deux étaient des civils…

Ce n’est pas vraiment un scoop mais il est surprenant de voir un professionnel de l’information nous rappeler cet épisode de la guerre israélo-palestinienne de 2002 en le sortant du contexte d’hystérie médiatique qui l’entourait.

On avait parlé, au moment de cette opération, de 5000 morts palestiniens, de Stalingrad, Dresde et autres Varsovie. Bien que la baudruche médiatique se soit dégonflée depuis, le mythe de Jénine reste une référence dans la bouche des Désinformateurs Associés qui oublient, au passage, de rappeler la mort de 23 soldats israéliens ce jour-là.

La suite est plus croustillante :

… Je vous enjoins, M. Trigano, d’appeler France 2 et de leur demander de pouvoir visionner l’entièreté de la cassette filmée par leur cameraman Talal Jalouni (sans doute Talal Abou Rahme NDLR), à Netzarim, lors de la mort de Mohammed al-Dura. Les quatorze minutes de cette vidéo sont absolument insoutenables…

Denis Jeambar et Daniel Leconte, journalistes au moins aussi respectables que Bruno Stevens, apprécieront. Eux aussi ont visionné intégralement cette cassette et en font, curieusement, une description tout à fait opposée. Il y a au moins un menteur parmi ce joli monde. Mais c’est vrai que tout est question de subjectivité. Bruno Stevens nous l’a suffisamment prouvé…

Voilà donc à quoi peut ressembler un donneur de leçons, nous faisant les gros yeux et nous interdisant de voir, à travers les reportages bidonnés – comment ne plus en être sûr après avoir pu mesurer « l’objectivité » d’un de leurs auteurs – autre chose que ce que veulent transmettre certains journalistes malhonnêtes.

Eh bien, non, messieurs Stevens et Tubiana ! Vous devrez vous y faire. Il y en a qui refusent de gober votre info brute, et la moulinette Primo est là pour décortiquer vos dépêches orientées, vos photos truquées, vos analyses tronquées et pour détricoter votre stratégie au service de qui vous voulez. Celle qui vous fait dire, par exemple :

…c’est du dialogue avec leurs représentants les plus modérés [du Hamas et du Hezbollah] et non des bombes sur leurs extrémistes que naîtra une paix juste et durable dans la région…

Ben, voyons ! Si l’équation avait été aussi simple, le dialogue entamé avec Arafat, qui était aussi un « modéré », aurait dû mener à « une paix juste et durable ». C’était il y a 13 ans. Voyez où nous en sommes.

Merci quand même pour le conseil…

Jean-Paul de Belmont © Primo-Europe, 6 septembre 2006.

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