Bouteilles à la mer

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2006-09-02 Re-Lecture de la guerre dans Lire?

Posted by desiderius sur 2006-09-02

Bonjour, Veuillez trouver ci-dessus ma réaction (que j’espère voir publiée dans le courrier des lecteurs) à l’éditorial du Lire de septembre 2006.

—–

Et voici que Lire, un magazine dévolu en principe à la littérature fait de la guerre au Liban le sujet principal de son éditorial.

Fallait-il que Lire fasse entendre sa voix sur un thème qui a pourtant fait la une de tous les journaux « généralistes » contrairement à ce qu’en dit l’auteur, probablement isolé sur une île déserte pendant plusieurs semaines ?

Bien sûr, ceux qui se sont exprimés sur le sujet n’étaient pas des intellectuels : tout le monde sait que Glucksmann bien qu’ayant fait la philosophie, bien qu’ayant terminé Normale sup n’est pas un intellectuel. Evidemment, ses essais ont bien trop de succès et touchent un public trop facile et sans doute peu formé (dont je suis néanmoins heureuse de faire partie).

Et puis surtout, l’auteur du présent éditorial, intellectuel confirmé, faisant partie des happy few habilités à conférer ce statut en a décidé autrement.

Pour moi, un intellectuel est avant tout quelqu’un qui s’interroge, qui cherche à comprendre et à affiner sans cesse son jugement sur les choses et leur complexité, en prenant appui sur la raison et en écartant les idées toutes faites.

Mais l’intellectuel François Busnel ne se demande pas pourquoi, en voulant frapper le Hezbollah, Israël a touché des civils. Sans doute ignore-t-t-il que le Hezbollah, comme d’autres organisations terroristes a délibérément disposé ses combattants et ses armes au milieu de civils, cela afin justement de susciter l’apitoiement des media en exhibant (c’est le mot) de malheureuses victimes civiles.

L’intellectuel François Busnel cède en cela au compassionalisme ambiant alors que c’est la raison et l’analyse factuelle qui devrait pourtant le guider.

Mais ce n’est pas tout : François Busnel s’insurge contre ceux qui s’indignent du passé nazi de Günter Grass alors que lui-même se permet de rappeler les antécédents maoïstes de Glucksmann.

Circonstance aggravante chez Gunther Grass, par rapport à d’autres allemands compromis par le nazisme, c’est qu’il s’est targué de placer la morale au cœur de ses préoccupations : ce donneur de leçon impénitent s’est ainsi payé le luxe d’être pacifiste au moment où les fusées russes étaient pointées sur nous.

A moins que cette prise de position ne signe son appartenance au monde intellectuel selon Busnel ?

D. W.

L’article original

La vacance des intellectuels

Par François Busnel

La rentrée littéraire marquera-t-elle le retour des intellectuels? Souhaitons-le. Car cet été fut catastrophique. Une vraie débâcle. La guerre entre Israël et le Liban ? Pas un mot. Pas une plume. En vacances, les intellectuels! Nous savions déjà que, entre le 1er juillet et le 1er septembre, la France était le seul pays au monde à s’arrêter de travailler; nous découvrons désormais que la France est également une nation qui, à date fixe, cesse de penser. La voici, la véritable exception culturelle française: une paralysie mentale du pays pendant deux mois. « Désolé mais c’est les vacances, revenez en septembre… Et si pendant ce temps-là le monde s’embrase, voyez avec les agitateurs; nous rouvrirons boutique à la rentrée… » Au point que les médias ont pu, en toute tranquillité et pendant des semaines, désigner une guerre du curieux nom d’«événements» ou encore d’« hostilités ». Deux exceptions notoires. Bernard-Henri Lévy, qui s’en alla écrire en Israël un reportage partisan, embarrassé mais fort courageux, que publia Le Monde, puis, dans la foulée, plusieurs autres journaux étrangers. André Glucksmann, également, qui, dans une tribune donnée le 8 août au Figaro, passa les bornes.

Le « philosophe» s’indignait que l’on puisse seulement s’interroger sur la nécessité des bombardements massifs qui frappaient les Libanais. II est vrai que notre«penseur », ex-maoïste devenu néocon, est un ardent défenseur des bombardements: entre deux indignations, il cautionna les frappes américaines en Afghanistan puis en Irak, celles des Américains et Européens en Serbie… En guise de réflexion, Glucksmann nous sert une hargneuse diatribe contre ceux qui ont l’audace de questionner Israël – nation pourtant acquise à la démocratie et à la liberté d’opinion – sur ses véritables buts de guerre (Tsahal veut-il détruire le Hezbollah ou bien le Liban ? Faire le jeu de la paix dans la région ou celui de la guerre menée en sous-main par l’Iran d’un fou furieux ?).

Mais, au fait, avons-nous encore le droit de chercher à y voir clair sans être accusé par notre indigné de service de complicité avec la galaxie terroriste ou même d’antisémitisme prononcé ? L’indignation sert à culpabiliser, pas à penser. Elle contribue à diviser un peu plus le monde entre axe du Mal et axe du Bien. Avouez que, comme réflexion, on a fait mieux.

Cela serait-il arrivé si nos intellos faisaient leur travail ? Non. La vacance des intellectuels laisse la place à des éditorialistes médiatiques et à des allumeurs de haine. Mais quand ils finissent par rentrer de vacances, nos intellos, que disent-ils? Ils s’offusquent que l’un des leurs révèle son appartenance, pendant les neuf derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, à une unité de Waffen SS. Günter Grass, Prix Nobel de littérature, auteur d’une poignée de chefs-d’œuvre (Le tambour, Le turbot, Une rencontre en Westphalie…), est ainsi lynché par une assemblée de tartuffes sans doute trop heureux de pouvoir mettre à bas l’icône qui, au cours des soixante et une années que dura son silence sur sa véritable vie militaire, ne cessa de brocarder la tentation nationaliste de son pays. Il se trouvera toujours des geignards pour s’indigner de l’engagement du plus influent intellectuel allemand alors que le nazisme semblait vaincu, ou bien pour s’indigner de son trop long mutisme. – Laissons-les braire. Qu’y a-t-il derrière l’« affaire Grass » ?

Deux questions:

1. Peut-on sérieusement reprocher à un adolescent de 17 ans de ne pas avoir eu immédiatement la conscience du caractère criminel des Waffen SS dans un pays où les intellectuels étaient devenus des propagandistes ?

2. La véritable gêne ne vient-elle pas plutôt de l’usage mercantile de cette révélation, faite à l’occasion du lancement d’une autobiographie dont les ventes sont, évidemment, dopées par le scandale?

Ce sont peut-être les romanciers qui, en cette rentrée littéraire, relèveront le niveau. En témoignent Les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra – à mes yeux le plus beau livre de l’automne. Yasmina Khadra ne juge pas, ne s’indigne pas, ne bêle pas. Il donne à voir, dans un étonnant roman aux relents camusiens (on songe à La chute autant qu’à L’étranger), comment se fabriquent les terroristes. Admirable, tout simplement. Les philosophes, aujourd’hui, s’indignent et enferment le monde dans des catégories qu’ils nomment le Bien et le Mal ; un Prix Nobel montre qu’il lui fallut vivre au milieu du Mal pour tenter de dire le Bien; un romancier, qui sait; combien l’homme se débat dans la complexité du monde, de ses ombres et de ses lumières, récuse tout cela dune magistrale fiction. Voilà qui invite à lire, non?

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