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2006-08-04 Proche-Orient : qui commet des crimes contre la paix ?

Posted by courrierdeslecteurs sur 2006-08-05

Paru dans Le Soir
Proche-Orient : qui commet des crimes contre la paix ?

« Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance ! »

Barbara.

D’abord, et loin de toute politique, il y a l’évidence atroce de la souffrance, de la destruction et de la mort. Il y a des hommes, des femmes et aussi des enfants. Plus d’un demi-million de réfugiés originaires du sud du Liban, et des centaines de milliers (même si les médias en parlent moins) du nord d’Israël. Il faudrait pouvoir ne penser qu’à eux.

Mais même dans les plus profonds moments de compassion, notre premier réflexe est de chercher des responsables. Et peut-être des « coupables ». Pour mieux oublier, peut-être, notre propre responsabilité. Une responsabilité criante quand un Parlement Européen quasi-unanime condamne le Hezbollah comme une organisation terroriste (résolution du 10 mars 2005) sans que cette résolution reçoive ne fût-ce qu’un début d’application. Peut-on admettre que le Hezbollah ne figure pas encore sur la liste des organisations terroristes fixée par le Conseil de l’Union européenne, avec les conséquences économiques et diplomatiques qui devraient en découler ?

Mais Israël veut-il la paix ? On peut mesurer l’attachement d’une nation à la paix à l’aune des sacrifices et des risques qu’elle est prête à courir. Et à ce titre, Israël a prouvé sa détermination. La conquête de nouveaux territoires n’est pas inscrite au rang de ses objectifs stratégiques (même si il y a aussi, en Israël comme ailleurs, des extrémistes dangereux). C’est toujours sans hésitation qu’Israël a accepté d’évacuer ou de restituer en échange de la paix les territoires qu’il a dû occuper pour se défendre des multiples agressions militaires et terroristes qui ont jalonné son histoire. Il l’a fait avec l’Egypte en 1976, avec le Liban en 2000 puis avec Gaza, alors même que sa sécurité s’en est trouvée menacée. Le même processus était en cours, d’ailleurs, pour la Cisjordanie quand le Hamas est venu changer la donne.

Israël a soif de paix. Et pourtant, aujourd’hui, ce sont ceux-là même qui se battent pour la paix, ce sont les mères de soldats, les Amoz Oz, David Grossman et une grande majorité de pacifistes qui élèvent la voix pour soutenir leur armée. Que s’est-il passé pour qu’ils en arrivent là ?

On ne peut pas le comprendre si on fait mine d’ignorer que les pilonnages du territoire israélien par le Hezbollah depuis ses positions au Liban n’ont jamais cessé après le retrait israélien en 2000. On ne peut pas le comprendre si on omet le fait que depuis sa création, il y a un peu plus de 20 ans, le Hezbollah n’a cessé de mettre en danger des vies des deux côtés de la frontière, qu’il a plongé la région dans le chaos et qu’aujourd’hui il utilise volontairement les Libanais comme des boucliers humains. On ne peut pas le comprendre si on ne se place pas dans la peau d’un habitant d’un pays entouré d’ennemis et soumis à toutes les violences (des attentats suicides jusqu’aux scuds de Saddam et aux bombes à billes d’acier du Hezbollah) depuis près de soixante ans, et maintenant aux rodomontades atomiques de l’Iran jointes à ses menaces de solution finale.

Face à l’incapacité d’agir du gouvernement libanais et de la communauté internationale – comment comprendre que le Hezbollah ait pu s’armer et se blinder pendant six ans au nez et à la barbe de la FINUL ? – Israël n’a eu que très peu de choix. Car ceux qui l’attaquent n’ont d’autres objectifs que de déstabiliser la région, et, bien évidemment, de servir les intérêts politiques de leurs maîtres à Téhéran et à Damas. L’attaque du Hezbollah, financé, armé et téléguidé par l’Iran, s’est produite le 12 juillet dernier, date à laquelle le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est saisi du dossier nucléaire iranien. Peut-on vraiment y voir une coïncidence ? Cette attaque gratuite est-elle autre chose qu’une manœuvre de diversion n’ayant que trop bien réussi?

Il y a bien, aussi, un arrière-fond antisémite dans les positions du Hamas et du Hezbollah : un refus de principe d’admettre l’existence d’un Etat des Juifs, conséquence d’une politique de mépris de ceux qu’ils considèrent comme des sous-hommes. Nathan Weinstock nous rappelle d’ailleurs dans son excellent ouvrage Histoire de chiens (Mille et une nuits) qu’au cours des années 1920 déjà des manifestations arabes palestiniennes se déroulaient aux cris de al-yahudna kalabna « Les Juifs sont nos chiens ». Faut-il rappeler que le Hamas refuse obstinément de modifier sa charte qui se fonde explicitement sur Les Protocoles des Sages de Sion, grossier faux antisémite tsariste recyclé par les nazis, ou encore que les militants du Hezbollah pratiquent le salut nazi ?

Mais qui sont ces gens qui n’hésitent pas à s’abriter derrière des femmes et des enfants pour se livrer à leur terrible besogne ? Il y a dans leur démarche une analogie frappante avec celle des fascistes européens de la première partie du siècle. Ceux pour qui la mort et la destruction étaient des amies et qui en avaient fait leur cri de ralliement : « Viva la muerte ! ». La mort : la leur mais aussi celle des autres, sans distinction.

Il n’y a dans cette attitude aucun lien avec l’éthique qui est commune aux trois monothéismes et qui fait de la vie humaine la plus élevée des valeurs. Aucun dialogue n’est possible avec ce genre d’adversaire qui ne recherche ni la paix ni la justice, mais seulement l’annihilation de l’autre.

Il faut, par contre, chercher plus que jamais un sursaut nécessaire chez ceux qui représentent le meilleur du monde musulman. Pas seulement des sages et des visionnaires, mais surtout des politiques raisonnables et pragmatiques qui, à l’exemple de Sadate et de Hussein de Jordanie, pourront choisir, avec Israël, de privilégier la paix et la cohabitation durable.

Car Israël a toute sa place dans la mosaïque du Proche Orient. Comme le Liban, Israël est le lieu par excellence du brassage des cultures. On y trouve des Juifs originaires du monde entier, et dans une large mesure du sud de la Méditerranée, mais aussi des Chrétiens, Arabes ou non, des Musulmans (près de 15 % de la population) et des Druzes. Il y a donc toutes les raisons pour vouloir, envers et contre tout, continuer à croire à la paix.

Mais n’oublions pas, hélas, que si la guerre est la pire chose au monde, on sait depuis les accords de Munich qu’il y a pire encore. Ce sont les fausses trêves, habillées des meilleures intentions du monde. Celles qui laissent à l’adversaire le temps de reconstituer ses forces pour accomplir sa stratégie du pire et marcher vers des guerres plus cruelles encore. « Viva la muerte ! ».

Il est temps, maintenant, d’avancer d’un pas sûr vers la seule issue qui vaille. Il est temps de rendre au Liban sa pleine et entière souveraineté, mais surtout, la pleine et entière responsabilité de sa politique. Il est temps que l’implication de l’Europe dépasse le stade des mots et des intentions. Il est temps de continuer le chemin sur la seule voie viable : deux Etats pour deux peuples en Israël et en Palestine, avec la reconnaissance mutuelle des frontières de tous les Etats de la région et le désarmement inconditionnel des milices.

L’exigence de ce désarmement est bien un préalable à toute solution. Car il n’y a pas de paix possible dans la proximité de fanatiques en armes.

Il est temps pour la paix. Afin que plus jamais, ni ici ni ailleurs, des pères et des mères de famille n’aient à subir l’irréparable, ou à être contraints à le commettre pour la défense de leur pays.

Il est temps pour la paix. Pour ne plus devoir faire ce choix terrible entre deux innocences : celle de ses enfants, ou celle des enfants que ses ennemis réduisent au rang de remparts humains.

Fondation Evens (www.evensfoundation.be)

Comite de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB)

Collectif Dialogue & Partage (www.dialogue-partage.org)

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